Jbara est bergère dans les plaines du Maghreb, Shéhérazade est prostituée dans la grande ville, Khadija est la femme d’un imam. Une seule et même femme aux visages multiples, victime des hommes – père, employeur, cheikh – et de sa condition de pauvreté, qui s’adresse à Allah et surtout l’interroge. Que veut-il réellement ? Qu’est-ce qui est juste ? Construit comme un long monologue où Jbara se confie à la seule entité susceptible de l’écouter, ce récit est bouleversant et révoltant, et soulève des questions d’une grande pertinence. J’ai trouvé cette lecture rude, mais profondément marquante.
“Qu’est-ce qui me prend, Allah, de parler comme ça ? J’étais partie pour acheter du céleri et me voilà sur la liste des volontaires au grand voyage. Je suis folle ou quoi ? Mon Dieu, ça va vite, je ne me suis même pas vue venir.
– Trois branches de céleri s’il vous plaît!
Pourtant je ne suis pas de celles qui veulent mourir. Encore moins de celles qui pensent que tuer les autres ça me fera mieux vivre. C’est vrai que parfois c’est tentant. Et j’ai toujours cédé à la tentation, Tu le sais bien. Mais je m’en suis sortie toute ma vie en réfléchissant avec mon corps puis avec ma tête. Je ne vais pas tout gâcher maintenant.
J’ai une question aussi mais pas pour Toi, Allah, pour les autres, ils se reconnaîtront. Est-ce que si je devenais martyre, j’aurais moi aussi soixante-douze puceaux avec une queue toute neuve au paradis ?
C’était juste une question comme ça. Rien d’important. Vous ne savez pas ? Rien n’est écrit à ce sujet ? Ah…
– Et deux bouquets de kasbour. Et un Raibi Jamila.”