Ce livre est une petite histoire de vie : celle de Raoul Pastor, de ses amours, de ses amitiés et de son théâtre. De ce qui fut son théâtre surtout : le Théâtre des Amis à Carouge, qu’il a créé et dirigé avec brio pendant vingt-trois ans. Je me souviens notamment de Raoul Pastor, seul en scène, récitant Novecento de Baricco : sublime. Puis les jalousies, les inimitiés et la politique s’en sont mêlées, et il a quitté le théâtre en 2017. Ce récit raconte ce moment de bascule : une fin et un renouveau, douloureux mais nécessaires. L’écriture est magnifique, toute en poésie et en délicatesse, notamment lorsqu’elle aborde le thème de la mort. Un récit profondément beau.
“Croire, c’est le plus difficile. Pas tant de croire à son personnage que de faire sienne une irréalité et de la rendre tangible. C’est cela qui demande de la fraîcheur et de l’invention. Davantage encore quand l’âge pose ses conditions et que la spontanéité se mâtine de raisonnement et de déceptions. Ensuite, il y a les règles. Celles, simples, des enfants sont strictes, sinon «t’es un tricheur». Et la triche est inadmissible, parce qu’elle vole le rêve. On peut tout inventer si les échafaudages de l’imagination sont vastes et solides.
Tous les jours, je construis des escaliers, et la dimension des marches est différente selon qu’on les monte quatre à quatre ou qu’on y pose des pieds hésitants. Rien ne présage la hauteur que les acteurs atteindront. L’aisance n’est pas une garantie. L’assurance n’est pas une certitude.
Diriger douze comédiens, c’est avoir douze discours différents, douze patiences, douze regards, douze confiances et douze tailles de marches et de contremarches. Les ascenseurs ne gravissent pas les étages au même rythme.”