Sarao Takase est un écrivain japonais, auteur d’un recueil de 97 nouvelles écrites en anglais. Après leur publication, il se suicide. Tous ceux qui ont tenté de traduire ces nouvelles en japonais, y compris une 98ᵉ que les enfants de Takase avaient recues, ont également mis fin à leurs jours, parmi eux le petit ami de Kazami. Au cours d’un été étrange, Kazami se rapproche des enfants de Takase – Otohiko, Saki et Sui – tandis que plane au-dessus d’eux l’ombre de ce texte maudit. Sur fond d’amitié, d’amour et d’inceste, le récit est traversé par la crainte constante du suicide de l’un des trois jeunes gens. Ce roman installe une atmosphère singulière et mélancolique, mais s’étire inutilement. Le dénouement, assez banal, n’éclaire ni l’origine ni la nature de la malédiction liée à la 98ᵉ nouvelle, ce qui rend l’ensemble plutôt décevant.

“Ne plus pouvoir parler, c’est perdre peu à peu son vocabulaire.
Les deux premiers jours pourtant, mes pensées étaient tout à fait les mêmes qu’au moment où je parlais encore. Par exemple, si ma sœur me marchait sur le pied, je formulais clairement en moi : Jai mal! Et quand ie voyais à la télévision un endroit que je connaissais, je pensais : Ah oui, c’est là-bas! Quand est-ce qu’ils ont filmé ça? Et cette phrase se déroulait dans ma tête comme si je l’avais réellement prononcée.
Mais en l’absence de langage articulé, un changement subtil se produisait en moi : j’ai commencé à voir des couleurs qui se déployaient derrière les mots.
Quand ma sœur s’occupait de moi avec douceur, je la percevais sous la forme d’une image lumineuse, d’un rose éclatant. Les mots et les regards de ma mère durant ses cours d’anglais étaient d’une apaisante couleur dorée, et si je caressais un chat sur le bord du chemin, alors, passant à travers ma main, une joie aux teintes de safran me gagnait.
A force de vivre dans cet univers de sensations, les limitations draconiennes imposées par le langage m’ont semblé très importunes.”

Titre original : N·P
Traduit du japonais

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