Un petit groupe de personnes est perdu au fin fond de la Russie. Leur unique mission : veiller sur le Train Zéro qui traverse chaque nuit la gare 9, s’assurer qu’il arrive et qu’il reparte. Mais d’où vient-il ? Où va-t-il ? Et que transporte-t-il ? Nul ne le sait. Un mystère qu’il vaut mieux ne pas chercher à percer, sous peine de mort. Ce court roman dépeint une Russie rurale, imprégnée d’odeurs de chou et de vodka. Le temps se brouille, les personnages aussi, et chacun tente de survivre comme il peut, même si certains sont peu à peu dévorés par le poids de ce secret. À la fin, il ne restera que Don Domino : même lorsqu’il n’y aura plus de train à surveiller, il n’aura plus aucun endroit où aller. Une histoire sombre, profondément russe et désenchantée. Une lecture glaciale et percutante.
“Il enfournait sans relâche du charbon dans sa chaudière, faisait cliqueter ses dominos dans les stations, avalait de la viande en conserve en l’arrosant de vodka glacée dans un gobelet en fer-blanc d’une contenance d’un demi-litre, et se ruait sur les femmes avec une telle violence, il était si insatiable et si impitoyable que bientôt, son apparition fut attendue avec impatience par nombre de celles qui avaient fini par s’habituer au vinaigre et au pain rassis de l’amour vénal, à ses exercices monotones et fastidieux pour les muscles du dos et des cuisses, car il émanait de lui la rage et la passion d’un violeur, pour qui chaque femme est une nouvelle femme. Après ses visites, les femmes-troufions refusaient pendant longtemps de recevoir personne, restant allongées dans la pénombre de leurs logis sordides, à savourer la voluptueuse vibration de leur bassin qui se prolongeait pendant des semaines, et le frémissement de leurs entrailles liquides.”
Titre original : Don Domino
Traduit du Russe