Notre narrateur est de retour à Paris, où il vit désormais avec Albertine, installée chez lui presque à l’insu de tous. Il oscille sans cesse entre l’ennui qu’elle lui inspire et la jalousie dévorante qui l’envahit à l’idée qu’elle puisse le tromper – peut-être même avec d’autres femmes. Cette tension permanente conduit inévitablement à une dispute, puis à la fuite discrète d’Albertine. Intitulé La Prisonnière, le roman interroge subtilement qui, du narrateur ou d’Albertine, est véritablement captif : elle, enfermée dans un amour possessif, ou lui, prisonnier de ses propres obsessions et contradictions. Il ne se passe, en apparence, pas grand-chose dans ce huis clos étouffant. Tout se joue dans les nuances de l’analyse psychologique et la lente décomposition du sentiment amoureux. Si le narrateur peut paraître lassant par son indécision, la beauté et la musicalité de l’écriture de Proust rendent cette introspection intéressante.

“Ce n’était plus le même Albertine, parce qu’elle n’était pas, comme à Balbec, sans cesse en fuite sur sa bicyclette, introuvable à cause du nombre de petites plages où elle allait coucher chez des amies et où, d’ailleurs, ses mensonges la rendaient plus difficile à atteindre ; parce qu’enfermée chez moi, docile et seule, elle n’était plus ce qu’à Balbec, même quand j’avais pu la trouver, elle était sur la plage, cet être fuyant, prudent et fourbe, dont la présence se prolongeait de tant de rendez-vous qu’elle était habile à dissimuler, qui la faisaient aimer parce qu’ils faisaient souffrir, que, sous sa froideur avec les autres et ses réponses banales, on sentait le rendez-vous de la veille et celui du lendemain, et pour moi cerné de dédain et de ruse. Parce que le vent de la mer ne gonflait plus ses vêtements, parce que, surtout, je lui avais coupé les ailes, elle avait cessé d’être une Victoire, elle était une pesante esclave dont j’aurais voulu me débarrasser.”

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