L’idée est séduisante : réunir des textes d’écrivains évoquant des moments passés dans des cafés. Le café y apparaît tour à tour comme simple halte pour boire un… café, comme endroit pour jouer, ou encore un lieu d’ivresse et d’abandon. Le recueil mêle auteurs célèbres et plumes moins connues, offrant un éventail de regards et d’ambiances. C’est amusant de picorer ces textes, d’observer la diversité des perspectives et des sensibilités. Mais la plupart, courts de quelques pages à peine, manquent parfois de contexte ou de profondeur. On reste un peu sur sa faim : une lecture intéressante, mais légèrement décevante dans son ensemble.

“C’est dans ce monument que toute la dynastie des Barlich-Luxembourg a dû se perpétuer, certains ont dû y naître, certains s’y sont éteints, certains s’y sont aimés et j’ai honte d’avouer qu’un soir je l’ai brûlé dans notre cheminée mais il gelait très fort, les autres meubles avaient flambé depuis longtemps et le truc de Jerry qu’il appelle le programme « Luttons contre le froid» ne marche pas toujours. Ça consiste à séduire une petite grassouillette et à attendre qu’elle s’endorme pour ouvrir la fenêtre en retirant bien sûr édredon, couvertures, dans lesquels on s’enroule : il faut compter une heure pour une de ces grippes simples, une heure vingt, une heure trente si on veut une bronchite et là elle vous réchauffe pendant plus d’une semaine à trente-neuf degrés cinq. L’idée n’est pas mauvaise, disons l’idée en soi, mais c’est aléatoire. J’ai fait quelques bistrots, repéré un loukoum, il faut qu’elle soit du genre mou et enveloppant. Celle que j’avais trouvée était tout à fait ça, c’était un négatif d’anorak en kapok, je la ramène chez nous dans mon lit des Ardennes, lui fais faire le parcours complet du combattant, mais c’est moi qui m’endors, elle qui part en pestant, me traitant de minable, plus les filles se sentent moches plus elles font des problèmes, les déesses que personne n’ose même approcher sont de vraies amoureuses, elles disent « oui», elles disent « non» ou quelquefois «peut-être » mais toujours avec cette adorable élégance qu’ont les gros chiens qui savent qu’ils vous tuent quand ils veulent et vous mordillent les doigts avec délicatesse.” (Tous les bars de Zanzibar. David McNeil)

Contenu
Les habitués du café – J.K. Huysmans / Le bar des habitudes – Franz Bartelt / L’homme de gingembre – J. P. Donleavy / Tous les bars de Zanzibar – David McNeil / Dans le café de la jeunesse perdue – Patrick Modiano / L’hôtel du Nord – Eugène Dabit / Cafés de Montmartre – Léon-Paul Fargue / Le café des aveugles – Gérard de Nerval / Les fleurs bleues – Raymond Queneau / Un singe en hiver – Antoine Blondin / La grasse matinée – Jacques Prévert / Zones – Jean Rolin / Au Cabaret-Vert – Arthur Rimbaud / L’Auberge – Paul Verlaine / La curée – Emile Zola.

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