Tartuffe, c’est l’histoire d’un imposteur qui se présente comme un homme d’une grande piété, alors qu’il convoite en réalité la fortune d’Orgon. Orgon, le maître de maison, se montre d’une naïveté confondante : il ne voit rien, malgré les avertissements répétés de toute sa famille, qui comprend très bien qu’il est en train de se faire duper. La mise en scène au Théâtre de Carouge est excellente. Gilles Privat incarne un Orgon remarquable, avec une diction parfaite qui rend l’alexandrin particulièrement agréable à écouter. Dorine, la servante impertinente, est formidable, et Elmire, l’épouse d’Orgon, interprète avec finesse une femme noble mais loin d’être naïve. Quant à Tartuffe, il est ici très libre, plein de sous-entendus rendus explicites par une gestuelle expressive, ce qui le rend particulièrement drôle. Une très belle représentation, devant laquelle j’ai beaucoup ri.
“Tartuffe : Couvrez ce sein que je ne saurais voir :
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.
Dorine : Vous êtes donc bien tendre à la tentation,
Et la chair sur vos sens fait grande impression,
Certes, je ne sais pas quelle chaleur vous monte :
Mais, à convoiter, moi, je ne suis pas si prompte,
Et je vous verrais nu du haut jusques en bas,
Que toute votre peau ne me tenterait pas.”
Création le 6 février 1669 sur la scène du Théâtre du Palais-Royal, Paris