Le roman débute de façon tout à fait banale : une femme demande à son mari de ne pas rentrer trop tard, car c’est l’anniversaire de leur fils. On pense entrer dans un récit réaliste, ancré dans la vie quotidienne. Mais très vite, l’histoire quitte le réel. Un homme se retrouve dans un lieu clos dont les portes et les murs semblent fluides. Une femme et un enfant apparaissent aussi, sans que leur présence soit vraiment expliquée. Puis l’homme se dédouble : son double est d’abord plus jeune, puis du même âge, puis devient un vieillard qui expose ses principes de vie. Tous ces hommes s’appellent George. Les dialogues prennent souvent la forme de réflexions philosophiques et les personnages semblent parfois délirer. Le temps disparaît presque, le lieu reste indéterminé, comme si tout se passait dans un espace mental. L’écriture est très poétique, mais je dois avouer que ce texte m’a perdue : je n’ai pas réussi à faire le lien entre le début et la fin. Au final, c’était une lecture assez étrange, pour ne pas dire franchement bizarre.

“Je lui contai mon histoire, et il confirma mes doutes : du pays prodigue, emmuré et pourtant immense d’où venait le marchand, le diable (ou son masque) naît du croisement du tigre, du hibou, de l’ours, du dragon et de la chèvre. À eux tous, ces animaux conçoivent un monstre semblable à celui qui hante la matière et qu’on ne perçoit que dans l’éclat des éclairs et des poignards; ils lui donnent la forme d’un vase, d’une amphore pleine comme un ventre : sa monstrueuse dissémination, loin de provoquer une rupture, se coule dans une forme, fragile mais sans fissures. Je compris que j’étais ce vase, cette odieuse unité du mal, ainsi déguisé en son contraire. Mon fœtus, engendré par la multiplication diabolique, avait trouvé en moi le contenant de son unité. Cette découverte me fut insupportable. Je fus tentée, un instant, de quitter mon hôte pour me jeter dans les bras de mon époux légitime, exiger de lui qu’il me viole afin de réduire à néant la stratégie démoniaque ; mais je me dis qu’il avait accepté l’illusion de la visite angélique et que, chez un homme aussi simple, on ne peut détruire la croyance absolue dans le bien sans le condamner à une foi tout aussi aveugle dans le mal.

Titre original : Cumpleaños
Traduit de l’espagnol (Mexique)

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