Le premier texte porte déjà, dans son titre, une profonde émotion. Dédié à sa mère disparue, Ananda Devi évoque avec beaucoup de délicatesse le lien maternel, mais aussi les ruptures inévitables qui jalonnent une vie. Toute existence commence par une perte – celle des eaux – et, dès lors, les séparations se succèdent sans jamais vraiment cesser. Six décennies est un texte plus intime encore, centré sur les soixante ans de l’autrice. Elle y raconte les transformations du corps et invite à le considérer comme un livre sur lequel le temps et la vie inscrivent leur histoire. Ces deux textes sont magnifiques, très poétiques, et abordent des thèmes universels qui toucheront particulièrement de nombreuses femmes. J’ai été assez émue par cette écriture
“Il me dit que mon amour n’est que le fruit de la biologie : tous les animaux le ressentent.
Il me dit que j’ai aimé mes enfants comme une petite fille aime jouer à la poupée.
Il me dit que l’écriture était ma fuite et mon absence.
Je me dis que tout cela est vrai. Que tout cela est faux. Qu’il est possible d’être à la fois aimante et absente. Mère protectrice et fille apeurée.”