Art dégénéré : selon les nazis, il s’agissait de « toutes les formes d’expression artistique non conformes à leur vision de ce que devait être l’art ». Une définition volontairement vague qui permettait de condamner principalement l’art moderne sous toutes ses formes. Les œuvres visées furent confisquées, revendues ou détruites. En 1937, les nazis organisèrent même à Munich une exposition consacrée à cet « art dégénéré » afin de le tourner en dérision. Ce roman graphique met en lumière cette période à travers le destin du tableau Deux filles nues d’Otto Mueller, peintre expressionniste allemand mort en 1930. Ses œuvres furent saisies en 1937 par le régime nazi et classées comme « art dégénéré ». L’histoire est racontée du point de vue du tableau lui-même, qui observe le monde extérieur. À travers son regard, on découvre comment des artistes, marchands d’art et propriétaires juifs virent leur vie bouleversée du jour au lendemain par les persécutions nazies. Le récit évoque les milliers d’œuvres spoliées – de Courbet, Renoir, Matisse, Chagall, Klee, Kokoschka, Nolde ou Kirchner – dont beaucoup furent perdues à jamais. Au milieu de cette destruction, Deux filles nues est un survivant. Le tableau est aujourd’hui conservé au Museum Ludwig. Ce roman graphique est particulièrement réussi : le dessin épuré et la palette de couleurs limitée rendent parfaitement l’austérité et la violence sourde de cette période. Il donne aussi un visage à la perte immense provoquée par la destruction et la spoliation de ces œuvres.
“Nous voici dans une exposition qui ne rassemble qu’une fraction de ce qu’un grand nombre de musées, dans toute l’Allemagne, ont acquis avec les deniers économisés par le peuple allemand, et présenté comme de l’art.
Vous voyez autour et alentour ces produits de la démence, de l’impudence, de l’impuissance et de la dégénérescence. Ce que présente cette exposition nous fait éprouver à tous un dégoût qui nous bouleverse.”
