Israel Galván est un danseur de flamenco, mais d’un flamenco bien à lui : théâtral, déconstruit, parfois déroutant, souvent drôle. Mohamed El Khatib, metteur en scène que j’apprécie énormément depuis que j’ai vu Boule à neige à la Comédie de Genève, signe ici une création particulière. Réunir ces deux prénoms dans un même titre, c’est raconter en miroir la difficulté d’une réconciliation avec leurs pères – et surtout avec la religion de ceux-ci, ainsi qu’avec la honte qu’ils éprouvent face au métier artistique de leurs fils. La pièce se construit en parallèle, mêlant interviews des pères et présence scénique des deux artistes. Deux autels occupent le plateau, chargés d’objets symboliques appartenant à leurs géniteurs. Le spectacle oscille entre émotion, rires et moments de tristesse teintée de colère envers ces pères qui doutent encore. Un spectacle profondément humain, sensible et magnifique.

“Avec tes amis, vous disiez: «C’est important de dresser nos enfants.» Vous étiez terrorisés à l’idée qu’on puisse sombrer dans la drogue, les trafics, et donc il fallait éduquer. Maria Montessori n’est jamais arrivée jusqu’à vous. Elle aurait été bien accueillie, c’est sûr.
Un jour, tu as donné ta définition de la pédagogie à M. Amarzguioui; tu lui as dit: «Les enfants, c’est comme les tomates, pour que ça pousse droit, il faut les attacher à un tuteur.»
Et c’est ce que tu as fait.
La fois où enfant j’ai jeté des pierres sur la voiture de M. Fayad.
Tu m’as attaché à mon lit, dans la chambre.
Tu ne m’as jamais demandé pourquoi j’avais jeté des pierres sur sa voiture.”

Création le 10 juillet 2025, au Festival d’Avignon

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