L’Anschluss, l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne de Hitler. On imagine la grande armée, la Wehrmacht, fière et implacable, conquérant un pays avec une efficacité redoutable. Ici, le tableau est tout autre. L’invasion se fait sous la menace, à coups de promesses mensongères, de télégrammes falsifiés, de colères calculées et de manœuvres en coulisses. Une armée qui se veut triomphante mais dont les splendides Panzer tombent en panne au bord des routes. Autour des dirigeants allemands gravitent chefs d’État et magnats de l’industrie, chacun défendant ses propres intérêts, chacun jouant sa partition dans cette mécanique implacable. Ponctué d’allers-retours avec le procès de Nuremberg, qui jette une lumière crue sur les événements du 12 mars 1938, le texte dévoile avec clarté les coulisses d’un épisode crucial de l’Histoire. Un récit à la fois captivant et instructif.

“Le corps est un instrument de jouissance. Celui d’Adolf Hitler s’agite éperdument. Il est raide comme un automate et virulent comme un crachat. Le corps d’Hitler dut pénétrer les rêves et les consciences, on croit le retrouver dans les ombres du temps, sur les murs des prisons, rampant sous les lits de sangles, partout où les hommes ont gravé les silhouettes qui les hantent. Ainsi, peut-être qu’au moment où Hitler jette à la tête de Schuschnigg son ultimatum, au moment où le sort du monde, à travers les coordonnées capricieuses du temps et de l’espace, se retrouve un instant, un seul instant, entre les mains de Kurt von Schuschnigg, à quelques centaines de kilomètres de là, dans son asile de Ballaigues, Louis Soutter était peut-être en train de dessiner avec les doigts sur une nappe en papier une de ses danses obscures. Des pantins hideux et terribles s’agitent à l’horizon du monde où roule un soleil noir. Ils courent et fuient en tous sens, surgissant de la brume, squelettes, fantômes. Pauvre Soutter. Il avait déjà passé plus de quinze ans dans son asile, quinze ans à peindre ses angoisses sur de mauvais bouts de papier, des enveloppes usagées, dérobés à la corbeille. Et, à cet instant où le destin de Europe se joue au Berghof, ses petits personnages obscurs, se tordant comme des fils de fer, me semblent un présage.”

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