Demi-frères par leur mère, Castor est mortel tandis que Pollux, fils de Jupiter, est immortel. L’opéra s’ouvre sur les funérailles de Castor, tué par Lyncée. Télaïre, qui aimait Castor, supplie Pollux – lui-même amoureux d’elle – d’implorer Jupiter afin de ramener son frère à la vie. Le prix à payer est lourd : Pollux devra renoncer à son immortalité. Après plusieurs péripéties, les deux frères accèdent finalement ensemble à l’immortalité et sont réunis dans le ciel sous la forme de la constellation des Gémeaux. Il existe deux versions de cet opéra, créées en 1737 et en 1754. Selon la tradition de l’époque, les opéras s’ouvraient par un prologue allégorique rendant hommage au roi. Ce prologue disparaît dans la version de 1754, où il n’a plus de fonction, et un acte est ajouté au début pour poser le contexte. La version de 1737 conserve ce prologue, mais ici le directeur musical et le metteur en scène ont choisi de le supprimer, donnant un début plus abrupt mais aussi plus épuré. Les décors sont très simples – de grands blocs gris – mais suffisent à servir le texte. La mise en scène intègre des danseurs remarquables, aux corps fluides et souples, qui glissent sur scène, notamment sur un sol mouillé ou avec des caddies. L’ensemble est difficile à décrire, mais visuellement très marquant. Rameau n’est pas le compositeur d’opéra que je préfère habituellement, mais cette version originale de son œuvre lui rend pleinement justice.

“POLLUX
Les Dieux respecteront le sang de Telaire,

Il regnera sur cet Empire,
Et les jours de Castor luy seront destinez :
Quand je vous perds tous deux, quand je me perds moy-même
Des deux objets que j’aime,
Je fais au moins deux Amants fortunez.
PHEBÉ.
Qu’entends-je !

POLLUX, à PHEBÉ.
Il n’est plus temps de feindre,
J’adorois Télaire, & j’ay dû me contraindre
Sur l’amour dont j’étois épris.
Nous brûlons tous les deux d’une flâme fatale.
PHEBÉ.
Ingrat, pour combler tes mépris,
Tu me gardois une Rivale ?
POLLUX.
Plaignons-nous à l’Amour, accusons son pouvoir.”

Créé le 24 octobre 1737 par l’Académie royale de musique au Palais-Royal à Paris
Première fois au Grand Théâtre de Genève

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