Quentin, le narrateur, est envahi par une anxiété qui le cloue chez lui et perturbe profondément son quotidien. En replongeant dans ses souvenirs d’enfance et d’adolescence, il tente d’en comprendre l’origine : une spirale faite de peurs et surtout de culpabilité, nourrie par son rapport à son homosexualité et aux normes sociales. Il cherche peu à peu à apprivoiser ses désirs et à se retrouver, mais le chemin reste ardu, oscillant sans cesse entre douleur et espoir. Ce roman graphique, vraisemblablement autobiographique, est d’une grande tristesse. On ne peut qu’être frappé par l’ampleur du désarroi vécu pour une telle raison. Les dessins, eux, sont magnifiques : dominés par des teintes bleutées et des jeux de transparence, ils contrastent avec les souvenirs d’enfance, rendus en couleurs pastel, presque floutées. Un travail à la fois sensible et courageux.
C’est à 19 ans que tu as commencé à rencontrer d’autres pédés. C’était dans la seule boîte gay de Dijon. Elle s’appelait “Le Wooz” et avait comme argument marketing “Try the difference”. Tu y allais avec une copine après avoir vidé une bouteille de vodka. Tu étais toujours dans le placard auprès de ta famille, et comme tu habitais encore chez ta mère, il fallait trouver de bonnes excuses pour ne pas rentrer à la maison.
Chaque fois que tu y allais, tu te précipitais en titubant dans la cage à disposition pour danser sexy sur Rihanna et Lady Gaga. Tu ondulais dans tous les sens.
Tu passais du placard familial à la cage aux folles.”
