Qui peut bien collectionner des boules à neige, cet objet kitsch par excellence ? Plus de monde qu’on ne l’imagine, et des passionnés qui assument pleinement leur amour pour ces bibelots. Il existe même un club très fermé, où il faut posséder pas moins de 3 000 boules pour espérer entrer. Entre une petite histoire –  forcément floue – de la boule à neige, la présentation de quelques pièces sur un mode humoristique et les témoignages de collectionneurs délicieusement obsessionnels, ce texte reprend celui de la pièce que j’avais vue il y a un peu plus d’un an. Sa lecture fait remonter le souvenir de ce spectacle si émouvant, même si la présence de ces deux acteurs, si proches du public dans l’intimité de la salle de la Comédie de Genève, manque évidemment.

“PATRICK. – … Et toi Mohamed, quelle est la boule qui te manque ?
MOHAMED. – Écoute, je crois que ça a à voir avec la religion, et sans doute, comme souvent, pour faire plaisir à ma mère. Quelques mois avant la fin de sa vie, elle était tellement malade qu’elle ne pouvait pas effectuer le cinquième pilier de l’islam, qui consiste, à la fin de ta vie, à aller en pèlerinage à La Mecque. Ça valide tout un parcours de vie vers le paradis. Le problème c’est qu’avec le cancer, ma mère était trop diminuée pour se déplacer.
Il restait alors deux hypothèses :
Y aller pour elle, faire le pèlerinage à sa place. Mais moi à La Mecque, ça ne me paraissait pas très cré-dible…
L’autre possibilité, c’était de trouver une boule à neige de La Mecque avec la Kaaba, pour que ma mère puisse faire le rituel, qui consiste à tourner sept fois autour de la Kaaba, depuis sa chambre.
Le problème, c’est qu’il n’existe pas de boule à neige de La Mecque – sans doute parce qu’il n’a jamais neigé à Médine.
Alors j’ai retrouvé ça à la maison… Mon grand-père me l’avait ramenée d’Arabie saoudite.
PATRICK. – Là tu nous montres, en public, une boule dont tu m’assurais à l’instant qu’elle n’existait pas…
MOHAMED. – C’est-à-dire que ce n’est pas tout à fait une boule, elle est carrée…
Mais j’ai pensé que ça ferait l’affaire. Je l’ai apportée chez ma mère, dans sa chambre, je me suis assis auprès d’elle sur son lit. Elle a pris son chapelet dans une main, on s’est mis à pleurer, et avec l’autre main, elle a fait sept fois le tour de la Kaaba avec son doigt.”

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