La Société de Lecture de Genève a invité Lucienne Peiry, historienne de l’art, ex-directrice de la Collection de l’art brut à Lausanne et commissaire de l’exposition “Écrits d’art brut” qui a lieu actuellement au musée Tinguely à Bâle. Elle nous parle d’art brut au travers de quelques exemples. Elle cite Bispo de Rosario qui a été interné à l’âge de 30 après avoir expliqué à des moines qu’il était Jésus. Il restera jusqu’à sa mort, 50 ans plus tard, dans cette institution et y fabriquera avec une couverture et des bouts de fils une parure, espèce de poncho, qu’il voulait porter le jour de sa mort lorsqu’il se présenterait devant Dieu. Elle nous parle également de Marie Lieb qui avec des bouts de draps déchirés en bandes fera des tableaux à même le sol de la clinique psychiatrique dans laquelle elle est internée. De très jolis motifs de fleurs, de flocons, quelques lettres, créations éphémères. Quand on demande à Lucienne Peiry qu’elle est la limite entre l’art et l’art brut, elle propose comme première distinction trois mots “silence, secret et solitude”, mettant en avant le fait que l’artiste qui crée de l’art qualifié de brut le fait d’abord pour lui-même, presque comme une thérapie, et qu’il n’a pas besoin de montrer son œuvre, il ne cherche pas la reconnaissance, il n’est pas intéressé par la vente de son art. J’ai trouvé intéressant d’apprendre qu’en anglais, l’art brut se dit “outsider art”, presque plus clair. Conférence très intéressante, oratrice excellente et toujours dans ces magnifiques locaux.
“Et bien justement, certains ont résisté, parce que les auteurs d’art brut sont des résistants et des résistantes. Cette femme, Agnès Richter, s’empare de la partie supérieure de son uniforme et puis elle intervient. Elle change, manche gauche, manche droite, et puis elle crée, sans doute pour féminiser un peu cette veste, elle crée des petites pinces pour vraiment souligner la taille et puis, comme vous le voyez, elle ajoute quelques morceaux, quelques fragments de laine brune, comme vous le voyez, et puis surtout elle le fait aussi ici sur le côté, mais surtout, comme vous l’avez vu déjà, elle prend des fils et elle écrit, elle crée une sorte de journal intime sur cette veste qu’elle va devoir revêtir. Pendant vingt ans, elle revêtira cette veste remplie d’inscriptions qu’elle a faites évidemment à la main. Vous imaginez bien que cette veste devait avoir un pouvoir apotropaïque, c’est-à-dire qui protège, qui éloigne le mal.”