D’abord, une pièce mettant en scène un couple âgé dans une cuisine des années 1950 : elle, paralysée et muette, ne s’exprime qu’en aparté, tandis que son mari prépare un masala, convoquant souvenirs, gestes du quotidien et passage du temps… avec une très belle subtilité : le temps ne s’écoule pas de la même manière pour chacun. Puis se déploie une histoire plus intense, explorant les profondeurs de l’âme humaine à travers le meurtre, la folie et l’abus. Enfin, un conte dans une forêt mystérieuse, où une femme crée des fantômes dans l’espoir de retrouver un amour perdu, mêlant mystère et poésie. Cette lecture singulière m’a transportée dans un univers théâtral surréaliste et fascinant, où le jeu des osselets devient un fil conducteur entre mémoire, émotions, illusions et traces du temps. Trois pièces distinctes ou une seule œuvre fragmentée ? Il est difficile de trancher, tant les formes diffèrent tout en se répondant subtilement. J’ai été captivée, stimulée par certaines images et idées, et touchée par la richesse du monde que l’auteur propose, même si l’immersion complète dans le texte comme une seule unité reste un petit défi.

“Étoile du Tonkin, badiane sucrée! Êlammâ êlam ! La badiane est une lourdaude un peu facile, quand on la regarde. C’est facile de se faire remarquer quand on a ces allures d’étoile, ces dimensions imposantes, comparées à d’autres. Les étoiles de badiane y sont entassées, dans ce bocal, sans jamais montrer leur complète forme flatteuse. D’ailleurs la plupart ne sont pas si belles, la géométrie de la nature a failli à sa tâche, souvent. Combien de rayons, combien de branches de ces étoiles sont atrophiées, écourtées en moignons, d’autant plus pitoyables que sur le même fruit d’autres sont pleinement déployées, créant des déséquilibres accusateurs. À travers la déflexion transparente du verre, le verre du bocal que je tiens plus haut que mes yeux, seulement des perspectives inabouties, des trois quarts, des chevauchements de formes, des profils perdus.”

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